Le corps sait.
Cette chose là me désespère…
Un jour peut-être par excès
Cette ombre des dents sera ma fin.
Chacun est un enfant dont il peut se souvenir
Et l’enfant n’existe pas, c’est la grande œuvre,
La confusion avec soi d’une nostalgie plus lointaine,
La distance dans laquelle s’enfonce l’esprit
entre le sentiment et l’image,
Ce qui n’est pas le cœur…
Le corps sait.
Il n’y a rien.

Un vent prend forme,
Ce n’est que le monde qui expire…

La forêt ancienne dans laquelle l’on jouait,
Le chant des cigales le silence dans le chant, le jour, la nuit,

Le génie a toujours été de respirer, et de sentir là son amour se nouer.
La tendresse pour tout.
Notre identité.
Nous seul,
avant que dans le plus grand calme
l’on revienne doucement sur nos pas… On n’est pas même
le plus petit arbre de la forêt.
On ne peut que se promener.

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Tout le jour, si vite – je rêve
la journée – vraiment… Je suis
la nuit. C’est pourquoi le ciel est ma chair.
Je ne peux pas dormir.
Je lis
Le plus beau des livres,
un vers respiré
qu’on a rêvé dire – toute la vie
que l’on tente d’écrire, vraiment
poème !
Si tu existes
Puisses-tu être celui de l’eau dans un champ,
de l’eau qui coule sur la terre et nourrit
l’image noire du ciel
que je perds dès l’instant.

Cette tristesse qui s’impose comme la blancheur malade des murs,
Sans cesse,
Au bout d’une pensée
et de chaque instant,
Comme une révélation,
C’est cela
l’éternel…
Rien à perdre, rien à gagner,
Mais tout à sauver de nous même.

On a toujours cherché le soleil dans le contact chaud de la pierre,
Le passé dans le silence d’une carrière…
C’est cette certitude comme pour l’amour,
Qu’on la reconnaitrait : la vie,
Car ce serait comme surprendre dans une odeur
Une forêt derrière son muret…
Mais cette nostalgie est un amour incultivable,
Une terre de l’esprit. Elle n’existe pas.
Pose ta main sur ta poitrine, tu verras.
Ce n’est que la nuit
Notre solitude, où nous avons tous un rêve
à oublier, celui qui en veut au feu d’avoir chassé
Pour toujours cet animal gris.

Ah ! qui sait ? cette langueur qui nous pousse à nous éprouver autrement,
ailleurs ! sans ce corps, sans ce visage et ses paroles
Le silence à perte de ciel et ce regard que l’on a parfois
libéré avant de se détester : « pourquoi le cœur reconnaît un fleuve
dans la rumeur de ses âmes passées ? »
Je sais qu’au-delà des courants, il n’y a pas de terre mais une odeur de fleur,
comme des petits pas, où coule la voie que foule secrètement tous les êtres.
Je m’en souviens. Des jours et des années sont passés comme un bruit
qui se répand avec le sable dans l’air,
un sable chaud dont même les plus innocents des arbustes verts
ne pouvaient se défaire car personne n’oubliait le désert…
Je peux bien devenir ce paysage, je
deviens même sans cesse ce paysage, ces espaces qui m’entourent
au plus profond du cœur, si bien que j’y demeure l’étranger
qui a creusé le trou pour refaire le désert
Celui même qui demeure dans le fond de l’air
Immense…
Depuis toujours
Vivant dedans…
Je peux choisir entre son vide et sa lumière
Mais jamais ne de décide de le quitter
Parce que je peux encore me voir au cœur de ce dernier
Je le préfère à tout ce qui pourrait venir d’une autre contrée.

Jadis, tu as écrit l’ombre depuis le grand corps noir qu’est ta voie ; et je fus –
comme ce grand livre qui respire derrière chaque livre –
Etonné que ce fût ainsi le cœur des choses qu’on entend dans la voix,
Toi qui ne semblait vivre qu’à travers la lente mort des nuits.
Tu cherchais cette petite flamme, si proche de son être-encore non existant
que l’on ne pouvait voir exister sans la toucher aveuglément,
Pour qu’en la heurtant, cette douleur d’origine méconnue, se révèle
être finalement la douleur de l’erreur : ta solitude…
Tu n’étais pas seul, seulement, tu retenais la nuit. Happé par cette brume,
le monde devenait cette fumée confuse, de la couleur que jetait ton rêve
Fidèle à toi. Ton corps noir et empreint de sorcellerie. Peut-être
étais-tu déjà mort. J’imaginais parfois avant de me coucher
les doigts de ta mère dessiner ta vie sur ton dos découvert… Une comète
filant un instant dans le ciel. Tu étais destiné à rejoindre un mystère
en te consumant. Que notre douleur fût grande alors…
Pourquoi il fallût qu’il en soit davantage de la tienne ?
Un temps de paix fût momentanément arraché
Un instant, il n’eut que ténèbres. Tant de fois il m’arrive encore
de me réveiller la gorge serrée avec cette paire de yeux collé au plafond, affolés
de ne trouver dans l’air, comme les noyés, qu’une nappe d’angoisse
supplémentaire à respirer.
Est-ce que ta bouche fracturée tût un regrès ? Avant que la peur ne disparaisse à jamais, fût-elle
ta première entrée dans l’éternité ? Toi qui était la profondeur de l’équilibre
Sûrement tu as pleuré. La mort ne serait plus désormais cette étrange nuée
que tu portais de ton vivant comme un ciel étoilé mais l’horreur
de la muraille écroulée où une porte disparaissait.
Pourtant, tu as écrit l’ombre où depuis je plonge
Un sentiment d’éternité et de paix vient la nuit au moment de me coucher
C’est comme ça que nous continuons de nous redresser.
Je me souviens comme toute nuit à une aube
Qui se lève en nos âmes
Qu’un jour j’ai été jour
Et qu’un paysage se lève au loin à la forme de ton visage.
Sans cesse tu apparais et continue de me lier
à la vie que tu as faite par ce lever.