Je n’ai jamais retrouvé le plaisir d’aller en forêt. Je veux dire, je n’ai jamais retrouvé le bonheur que son souvenir me donnait. Près de moi, l’ennui est partout, comme un inséparable de la pensée. Avec un chien, peut-être… Je ne dis pas. Mais serais-je encore celui que je venais chercher ?
Je ne pourrais dire avec certitude si un jour j’ai réellement été heureux en forêt, ou finalement, car toutes les forêts sont ces lieux du passé, si ce petit enfant auquel on aspire tous en secret a existé. Lorsque je me rappelle de ce temps où je vivais encore chez maman, je me souviens avoir souvent été ennuyé par l’idée de se promener, et que les mots « sortir prendre l’air » déclenchait chez moi une chaine de réaction proche de l’indigestion. Oui, longtemps, sans autre désir de soi que celui du plaisir que l’on pouvait tirer de sa vie, j’ai passé mes journées en pyjama devant la télé. Je regardais d’autres petits enfants en train d’exister, en train de jouer un monde que j’enviais.
 Je savais pourtant déjà à cette époque qu’aucune cabane ne pouvait se construire le temps d’une image, qu’il fallait suer, déployer ses efforts sur une durée, qu’il fallait naturellement se confronter au temps et le sentir couler dans son propre corps pour arriver à une réalité. Ce que je ne savais pas en revanche, c’était que ce je ne désirais déjà plus l’existence des choses, mais leurs sentiments, ce ton orange et jaune dans lequel l’épisode fixait l’entourage. Cela ne ressemblait pas à la vie, mais c’était ce qu’on avait de plus proche de l’éternité, c’était le cinéma, la littérature, la musique. C’était toute la vie. Le petit garçon, le canapé, la cabane au loin dans la forêt. Comme une rivière mélange les différentes natures rocheuses après de grosse pluies, le souvenir de ces mondes faisait sortir le temps de son lit. Je n’arrivais plus à savoir finalement qui vivait, ou plutôt qui fallait-il faire vivre ?
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Ne te souviens-tu pas comme cela nous faisait rire
de nous transformer !
C’est ainsi donc qu’a glissé sous nos yeux
Le dernier fil blanc
du déguisement de l’enfance ?
Restes là, parmi les vêtements froissés, et superficiels
Comme un tissu déchiré par la forme d’un corps
Par la forme d’un temps

Un petit jeu insignifiant…
Un soir
Au fond d’un placard d’Andrésy
Ne t’avais-je pas dit pourtant
Le métier de papa, ou de maman, en riant
Avant de te plonger l’épée dans la poitrine
Ne t’avais-je pas entendu crier
Non !
Jamais !
Et voilà qu’à nouveau
Ce qui arrivait lorsque maman nous découvrait à 13 ans dans ses vêtements,
Nous leurs épargnons la peine,
Nous nous mettions à vite ranger la chambre en silence…
Tant de choses avaient déjà retrouvé leur place tels quels,
dans un rêve
Maintenant
Pourquoi recommencer autrement ?

Ce soir je suis sorti de la maison sans un bruit,
Sans fermer la porte,
Sans allumer la moindre lumière,
J’ai conduit,
Un moment,
Dans le noir,
J’ai fumé une cigarette,
J’ai dit à voix haute quelques vers oubliés d’un poème,
J’ai brûlé la forêt.

comme le chant retrouve l’oiseau à travers le temps
j’entends monter la belle silencieuse

le soleil
trempé
dans la bouche

l’indifférence de la mûre
noire qui traverse l’été.

Il y au fond des formes de plaies
qui s’ouvrent encore
des statues qui crient
la solitude de la pierre

Toute ma vie j’ai cherché contre la vie
Comment goûter sa chaleur
Comment un baiser aime sa mort

Car l’été, seigneur,
si bien des choses disparaissent avec la lumière
jamais rien ne meurt sans savoir pourquoi
il a souffert.

Le fruit est là, bien mûr
celui que l’enfance mange encore
à la lisière
lèche sur ses doigts

Une forêt

C’est pour cette eau
que les hommes traversent un désert
gravissent des montagnes et des tempêtes.

D’où pénètre
l’éclat du ciel, d’où redescend
du sommet l’eau fraiche
Commence la résistance au froid
La fonte blanche des neiges

en soi
Tout l’amour, tout le bonheur
de la saison passée.

Dans le creux de ma main un papillon dort
Enfin
je crois
je ne connais que très peu
les papillons… Mais je sais que celui-ci a l’aile fêlée
c’est comme s’il avait toujours été là,
auprès de moi, je ne sais pas,
les papillons
Ils viennent avec l’été
et disparaissent quand je vais me coucher
n’est ce pas ? mamie
dans le creux de ma main,
qu’ils meurent vite,
cette après-midi j’avais un papillon,
j’ai attendu qu’il finisse par s’envoler…
enfin
je crois
J’ai moi aussi un peu roupillé…

Ah qui sait ce que nous avons perdu dans la jeunesse
Ou quel fût notre dernier sentiment d’enfant

Comme la fleur séchée
que l’on caresse tendrement
une fois nos propres mains flétries
Quelque chose s’échange avec la mort – une fleuve coule
Au cœur de la nuit

Quel fleuve ?
Quel pays ?
Qui sait du bruit
Je sais le fleuve
Je sais le vent
Je sais le temps
Qui ne fera un jour plus de bruit
Et qu’aucun silence n’est la mort
Ni l’éternité

J’entends le chant.