Je retrouvais des morceaux de vie, éparses
Des instants perdus à jamais, et pourtant
De l’amour

Il me faut me rappeler
Comment son rêve m’a d’abord tout retiré.

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Aucune voix ne peut être un chemin, aucune image, aucune littérature ne peut être une terre où exister. Pourtant, peut-être n’aimons-nous les histoires que pour ces lieux qu’elles nous rapportent du lointain. Pour ces lieux qui affirment que l’imaginaire peut être une mémoire de pierres, une mémoire du vent où les navires ne reviennent jamais que pour nous hanter. Il existe un ailleurs, tout aussi manifeste qu’un éclair, comme il existe une forêt que nulle n’a encore pénétrée. Peut-être est-ce là d’ailleurs la seule chose qui nous intéresse, nous rapprocher d’un rêve qui discrètement nous traverse avant de s’éteindre là où commence le bruit de la rivière et le chant des oiseaux. Parfois cela peut être une cabane oubliée au bord d’un plateau, une campagne d’hiver où des traces de pas dans les champs de vignes nous rappellent le corps lourd de nos anciens professeurs qui buvaient le vin à table, ce qui demeure un parfait moment de paix, de couleurs légères, qui nous rendent le monde comme on aime se le remémorer mais quelque fois c’était une simple allée, à l’ombre de grands pins, que l’on avait jamais vu pour de vrai, une cascade dans un pays oublié, où ne vivent peut-être que des plantes et une faune ignorée, deux sœurs, retirées dans une vieille maison isolée, car quelque fois c’était cette image vraie, une lettre oubliée sur la table de chevet, que nous donnait notre envie de vivre, de partir, pour rencontrer cette félicité que l’on avait imaginée, et que le corps pouvait alors faire durer, quelque fois, aussi longtemps que peut durer le sentiment de réalité.

Les campagnes se lèvent,
Un livre d’images est posé à mes côtés

Dans le doux lit chaud de ma chambre
La bougie est restée allumée toute la soirée.

Deux cent ans d’histoire me hantent.
Heureusement

le feu existait bien avant l’invention de l’écriture.
Je peux oublier

tout ce que j’ai rêvé.

et l’atmosphère parfumée…

Quelqu’un prépare le thé

Une robe de chambre rase les murs.
(je rêve)

Une eau coule jusqu’à la chambre.

Une eau blanche
Comme cette silhouette esseulée que je croise parfois le matin
dans le miroir si je me lève avant de prier.

Han ! Les terres ont dégelé

« Que j’aime entendre mon cœur arrêter de s’éloigner. »

Je veux sortir cueillir les fruits
pour les donner à quelqu’un que j’aimerais :

C’est ce que je lui dirais
si derrière la porte quelqu’un se tenait.

oui un peu cela me terrifie j’ai l’impression d’avoir le cœur tout dur comme un coquille de noix enfermant du vide et un fruit pourris
je voudrais que le silence parle de moi je voudrais disparaitre je voudrais mourir pour moi
pour que la mort tu sais
je n’ai jamais été aussi beau que sur cette vieillesse de l’image où les craquelures le temps et les moisissures viennent faire disparaitre le visage
La disparition est la marque de l’âme et le passage de la mémoire…
dans les greniers dans les caves depuis tout petits il y a là des photographies qui jaunissent
je voudrais que tu gardes cela de moi
du signe bien précis que je t’ai fait la première fois que l’on s’ait vu à ton évocation la plus furtive
sur une fleur coupée par la brûlure
une tige à sa cellule et toute l’éventualité de n’avoir aimé que toi.

Il y a deux mois, j’avais écrit cette phrase qui avait beaucoup ému un ami : « Je préfère sentir la sérénité du défaut plutôt que le couteau adroit d’un esprit qui amputerait le bourrelet ». J’ai honte. Si seulement… Si l’œuvre nous fait disparaitre aux yeux de tous, elle ne fait que renforcer le dévoreur de monde qu’est l’âme. Cette phrase… Pourrais-je dire encore qu’en la postant je ne voulais pas attirer de tendres regards sur moi ? Certes, des regards d’amitié car je n’ai jamais que des amis qui me lisent, mais des regards étrangers aussi, car avant tout ils me voient poète, auteur imaginaire au-delà d’un voile épais, avec les choses que l’on chérie, avec le monde que l’on rêve ; oui cette phrase était belle ; mais quel mensonge, quelle vanité !… L’aurais-je écrit si je ne voulais pas être aimé ? Si je ne voulais pas être adoré ?
Aucun amour ne demande un retour (le retour est l’amour qu’on jette au choses et dans lequel on se retrouve tel quel) c’est pourquoi je ne retoucherais pas ce texte, car je ne veux pas être adoré, je veux dire la vérité, comme cet ami lorsque l’on se parle toute la nuit. Cet ami qui n’écrit plus aujourd’hui, qui lit. Je ne lui ai jamais dit : je trouve ça remarquable. Il aime la poésie. Je l’admire. Cet ami qui deux années auparavant avait écrit : « Jamais rien ne nous sauvera de l’amour » Quel chemin ! Quel bonheur que de le suivre ! Je ne sais pas si à ce moment il parlait du même amour incestueux que j’essaye de décrire cette nuit, et qui me hante… Mais à cet ami j’aimerais lui demander s’il réécrivait ce poème aujourd’hui : utiliserait-il le même verbe ? Aurait-il ce même sourire quand il me dirait « je suis parti en Irlande voir les collines » quand il s’était retranché de lui-même, son amour, n’avait-il pas commencé déjà (à le sauver ?)

Il suffit d’un mot, de quelques vers, de quelques lignes pour exister, de nommer ce que l’on a de précieux en son cœur… et d’en faire le tour comme on ferait le tour du monde si l’on pouvait, le tour du ciel et des saisons. Je suis seul.e, et seul.e avec ces autres êtres qui peuplent ma tête, je ne peux non plus ne pas être touché.e, ni réconforté.e. Je ne peux pas ne pas être aimé.e. Je connais la chair sans âge et le bien être d’être fantôme de ces corps dépossédés. J’ai dormi auprès de vous toutes les nuits, depuis les cavernes humides, jusqu’au déluge, et les fins timides, auprès des morts, auprès des veufs et des veuves, auprès des jeunes amoureux et des enfants découvrant l’éclat d’un ciel secret au fond d’un grenier. J’ai été en vous, et la vie n’a pas changé : cet amour que de vie en vie je retrouve, ne laisse rien de moi. A qui parles-tu en premier ? A qui dis-tu de rentrer ? Je t’aime plus que tu ne t’aimes, et c’est ainsi que tu m’éveilles. Ne parle pas de moi. Mais nommes toujours ton amour. Tout.e seul.e, tout.e seul.e, oses appeler. FINAMOR. Le premier cœur de tous.