Dans le creux de ma main un papillon dort
Enfin
je crois
je ne connais que très peu
les papillons… Mais je sais que celui-ci a l’aile fêlée
c’est comme s’il avait toujours été là,
auprès de moi, je ne sais pas,
les papillons
Ils viennent avec l’été
et disparaissent quand je vais me coucher
n’est ce pas ? mamie
dans le creux de ma main,
qu’ils meurent vite,
cette après-midi j’avais un papillon,
j’ai attendu qu’il finisse par s’envoler…
enfin
je crois
J’ai moi aussi un peu roupillé…

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Ah qui sait ce que nous avons perdu dans la jeunesse
Ou quel fût notre dernier sentiment d’enfant

Comme la fleur séchée
que l’on caresse tendrement
une fois nos propres mains flétries
Quelque chose s’échange avec la mort – une fleuve coule
Au cœur de la nuit

Quel fleuve ?
Quel pays ?
Qui sait du bruit
Je sais le fleuve
Je sais le vent
Je sais le temps
Qui ne fera un jour plus de bruit
Et qu’aucun silence n’est la mort
Ni l’éternité

J’entends le chant.

Un animal qui peut rêver
qui ne peut pénétrer
qu’en l’imaginant
Voilà le mal qui nous ronge.
Davantage possédés
que créateurs, notre obsession
pour l’image
ne tient jamais du trait
mais de ce point précis : du noir
qu’elles renferment
du point littéraire
qu’elle pose sur la matière nue.
C’est pourquoi
Lorsque la langue se dérobe
ou que l’on ne réussit à la rendre assez
cohésive et gouvernable pour la création
On s’écrase dans cet ancien labyrinthe de bibliothèques
perdus, où de grands sabliers
ouverts nous rappellent qui meurt et oublie,
qui veut ressentir plus qu’un moment
un temps
Un animal qui veut relier d’un trait
son corps au ciel,
son étoile à la lumière…

10h50. Un sans abri me fait un signe de la main pour que je m’arrête, ce que je fais, en murmurant avec un peu de honte que je n’ai pas de monnaie, c’est à dire que je préfère la garder pour m’acheter un sandwich ce midi. Il continue de parler. Je comprends qu’il ne veut pas de monnaie, deuxième honte… Je retire mieux mes écouteurs pour l’entendre. Soudain, il me prend la main. Tout son corps tremble. Le cerveau a l’air cramé ; la main continue de trembler et des syllabes se répètent comme une prière d’une langue ancienne que je ne comprends pas. Les minutes passent. La main tremble. Après ce qui m’a semblé être 10 minutes, je dis : « Courage et bonne journée Monsieur ». J’ai beaucoup pleuré mais il ne me sembla pas sentir de larmes.

Tout compte fait
Il faudrait qu’on s’occupe que des rêves
Qu’on foute la réalité dehors
Pour de bon
Comme on le fait chaque fois dans l’imaginaire
Pour qu’elle devienne ce précieux lointain
Qui fait de la sécheresse
la résistance du beau