Cela fait deux jours que je rêve de t’écrire
Et chaque fois à sept heures avec la clarté du ciel
Je me réveille. Il ne me reste rien d’autre
qu’une empreinte sur un lit :
Une image temps. Un fossile
dont je ne connaitrais plus que la date
de son décès
L’année où je t’ai rendu ce baiser
et la nuit, hier où je t’ai manqué
pour toujours…
Mémoire d’un monde perdu
où les paroles raisonnent comme une légende.

M’entends-tu aujourd’hui ?
Me voilà parti pour Anger –
ta ville adorée où repose désormais
ton nom. Depuis notre rencontre,
j’ai toujours voulu te faire cette surprise.

Ce que fait l’automne

les mille feuilles rouges à notre porte
l’aulne au bout du jardin

Te donner une fleur que j’avais précieusement gardé
en te montrant ce qui était mort
de ma main, de l’autre côté : l’aulne à venir
chaque année
Le bel été
à tes cotés.

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Plus que les fleurs, les papillons, et abeilles désormais non sauvages qui alimentent cet espace invariable comme le dernier retour que l’on a vers chez soi, il y a un spectacle dont je ne me lasse jamais quand je me promène dans les parcs ; c’est cet art, discret, avec lequel certaines personnes s’assoient, suspendent leurs journées dans le chaos des villes. Quand je regarde ces personnes, bien qu’elles me soient en tout point : parfaitement étrangères, il me semble reconnaitre un trait humain, comme je reconnais un trait de guépard d’un trait de chat. Je pourrais bien faire trois fois le tour du monde que je retrouverais encore ces mêmes façons de souffler, d’occuper l’espace près de l’herbe, comme je retrouve les même jeux d’enfants après deux mille ans d’histoire. Car s’il y a bien tous les bruits d’un monde sur le point de s’achever dans un parc, il y a aussi le silence attentif d’un cœur dans lequel l’âme descend se coucher.

Aucune voix ne peut être un chemin, aucune image, aucune littérature ne peut être une terre où exister. Pourtant, peut-être n’aimons-nous les histoires que pour ces lieux qu’elles nous rapportent du lointain. Pour ces lieux qui affirment que l’imaginaire peut être une mémoire de pierres, une mémoire du vent où les navires ne reviennent jamais que pour nous hanter. Il existe un ailleurs, tout aussi manifeste qu’un éclair, comme il existe une forêt que nulle n’a encore pénétrée. Peut-être est-ce là d’ailleurs la seule chose qui nous intéresse, nous rapprocher d’un rêve qui discrètement nous traverse avant de s’éteindre là où commence le bruit de la rivière et le chant des oiseaux. Parfois cela peut être une cabane oubliée au bord d’un plateau, une campagne d’hiver où des traces de pas dans les champs de vignes nous rappellent le corps lourd de nos anciens professeurs qui buvaient le vin à table, ce qui demeure un parfait moment de paix, de couleurs légères, qui nous rendent le monde comme on aime se le remémorer mais quelque fois c’était une simple allée, à l’ombre de grands pins, que l’on avait jamais vu pour de vrai, une cascade dans un pays oublié, où ne vivent peut-être que des plantes et une faune ignorée, deux sœurs, retirées dans une vieille maison isolée, car quelque fois c’était cette image vraie, une lettre oubliée sur la table de chevet, que nous donnait notre envie de vivre, de partir, pour rencontrer cette félicité que l’on avait imaginée, et que le corps pouvait alors faire durer, quelque fois, aussi longtemps que peut durer le sentiment de réalité.

oui un peu cela me terrifie j’ai l’impression d’avoir le cœur tout dur comme un coquille de noix enfermant du vide et un fruit pourris
je voudrais que le silence parle de moi je voudrais disparaitre je voudrais mourir pour moi
pour que la mort tu sais
je n’ai jamais été aussi beau que sur cette vieillesse de l’image où les craquelures le temps et les moisissures viennent faire disparaitre le visage
La disparition est la marque de l’âme et le passage de la mémoire…
dans les greniers dans les caves depuis tout petits il y a là des photographies qui jaunissent
je voudrais que tu gardes cela de moi
du signe bien précis que je t’ai fait la première fois que l’on s’ait vu à ton évocation la plus furtive
sur une fleur coupée par la brûlure
une tige à sa cellule et toute l’éventualité de n’avoir aimé que toi.

Il y a deux mois, j’avais écrit cette phrase qui avait beaucoup ému un ami : « Je préfère sentir la sérénité du défaut plutôt que le couteau adroit d’un esprit qui amputerait le bourrelet ». J’ai honte. Si seulement… Si l’œuvre nous fait disparaitre aux yeux de tous, elle ne fait que renforcer le dévoreur de monde qu’est l’âme. Cette phrase… Pourrais-je dire encore qu’en la postant je ne voulais pas attirer de tendres regards sur moi ? Certes, des regards d’amitié car je n’ai jamais que des amis qui me lisent, mais des regards étrangers aussi, car avant tout ils me voient poète, auteur imaginaire au-delà d’un voile épais, avec les choses que l’on chérie, avec le monde que l’on rêve ; oui cette phrase était belle ; mais quel mensonge, quelle vanité !… L’aurais-je écrit si je ne voulais pas être aimé ? Si je ne voulais pas être adoré ?
Aucun amour ne demande un retour (le retour est l’amour qu’on jette au choses et dans lequel on se retrouve tel quel) c’est pourquoi je ne retoucherais pas ce texte, car je ne veux pas être adoré, je veux dire la vérité, comme cet ami lorsque l’on se parle toute la nuit. Cet ami qui n’écrit plus aujourd’hui, qui lit. Je ne lui ai jamais dit : je trouve ça remarquable. Il aime la poésie. Je l’admire. Cet ami qui deux années auparavant avait écrit : « Jamais rien ne nous sauvera de l’amour » Quel chemin ! Quel bonheur que de le suivre ! Je ne sais pas si à ce moment il parlait du même amour incestueux que j’essaye de décrire cette nuit, et qui me hante… Mais à cet ami j’aimerais lui demander s’il réécrivait ce poème aujourd’hui : utiliserait-il le même verbe ? Aurait-il ce même sourire quand il me dirait « je suis parti en Irlande voir les collines » quand il s’était retranché de lui-même, son amour, n’avait-il pas commencé déjà (à le sauver ?)