La nuit, j’ai toujours eu le sentiment qu’il existait des fractures autour de nous que l’on pouvait traverser si on arrivait à les reconnaître telles quelles. Cela pouvait être un arbre un peu plus blanc et de travers que les autres, un air humide, une feuille morte qui attirait étrangement mon attention, parmi toutes les autres où gisait mon intuition de la mystérieuse disparition au cœur du monde sur laquelle naissait comme des champignon les livres et les mots de la littérature. Alors je marchais comme un fou, toute la nuit parfois, jusqu’au bout de mes forces, pour trouver avec mon souffle celui du vent. Je me disais… peut-être… peut-être que si j’arrive maintenant à me confondre avec lui, il pourrait finir par me guider jusqu’à l’une de ces fêlures où il se termine. C’est comme cela qu’avait dû aboutir un jour dans l’ampoule de ma chambre ce drôle de frelon. Il était soudain apparu avec le bruit de son débattement sur le verre, et était mort, quelques instants après, carbonisé par la lumière. Personne ne voulait en entendre parler, ni même en entendre le son. On me disait romantique. Moi je pensais aux équations de Maxwell que j’avais vu la veille dans mon cours de physique. Oui, il s’était sans aucun doute téléporté, comme certains savent le faire avec leur corps, il s’était détaché tout entier de son espace-temps. J’en étais certain car à ce moment – l’ai-je déjà dit ? – je l’attendais, je fixais le plafond de ma chambre. Je prenais conscience du nombre de fenêtres qui s’ouvraient chaque fois par le choix d’un regard. Il y en avait beaucoup, voyez-vous, chacun voyage par errance comme se referme soudain sans explication un livre sur la page d’un poème que l’on s’était pourtant promis de ne jamais s’arrêter de lire… Puisqu’il n’y a qu’un monde que l’on vit encore peut-on se demander ce qui fait l’existence des autres. Ce que la mort nous fait quand nous la portons pour grandir dans une seule direction. La terre entière ne pourrait être la fleur que l’on donne à son amante. Et les gens sans doute qui changent sans cesse de temps sont les fous qu’on enferme dans les asiles. L’un après l’autre, ils s’annihilent, ils ne donnent à voir que la faim que l’on porte, ils sont vrai, mais infréquentables. Car la vérité n’est pas encore ce qu’il nous faut. Pas de notre vivant, puisque c’est la mort, il faut d’abord qu’elle murisse avec notre visage, avec notre regard, avec notre distance qu’apporte le son de notre langue sur les choses, il faut que l’on perde tout ce que l’on aimait de nous-même pour que l’on ne puisse plus que discerner de notre âme, les piliers d’un autel, les piliers de la contemplation, de la matière à la raréfaction. Ce n’est pas que chaque cellule nous trahit, ce n’est pas que chaque sentiment est un choix, ce n’est pas que la liberté… Je n’ai jamais été aussi affranchi de la vérité : qu’il y ait quelque chose que l’on ignore, c’est la loi ! et qu’il est plus doux de chuchoter, d’entendre une langue étrangère qui chante, plutôt qu’un vieux sage qui rappelle notre ignorance. La beauté que je retire de ces visions me suffisent. C’est-à-dire que le monde m’ennuie. Voyez-vous, je sais que les mystères sont les débuts des plus grands sentiments. Et mon dieu que j’aime la poésie.

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